CHEVREUIL ANTICOSTI
Par Maxime Dubé
Rejoignez le côté obscur de votre territoire!
Mia Rusu âgée de 12 ans a réussi son tir à 150 mètres sur ce buck. Elle était guidée par Samuel St-Laurent dans le secteur Chaloupe.
Anticosti, le lieu où la ligne entre le rêve et la déception est parfois très mince. Lorsqu’un chasseur néophyte y met les pieds pour la première fois, comment peut-il faire face à ce milieu hostile qui alterne les résultats de chasse incroyables et les périodes plutôt difficiles et frustrantes. Très simple pourtant, on doit revenir à la base pour mieux comprendre ce qui est essentiel pour les chevreuils. Une fois cette prise de conscience faite, ça sera déjà le premier pas vers une approche logique qui consiste à chasser selon les conditions.
Par ma nature à vouloir tout comprendre, je cherche toujours à m’améliorer dans mon approche pour la chasse. Une facette intéressante à notre disposition est les ouvrages scientifiques dans lesquels je peux puiser l’information qui pourrait aider à peaufiner mon approche et surtout faire en sorte que j’augmente mes chances de trouver le gibier sur le terrain.
Lorsqu’on prête attention à mes articles depuis 2 ans, on pourrait comprendre que je guide principalement en fonction de périodes spécifiques dans la journée. Est-ce qu’on doit s’arrêter au simple fait de prédire les périodes d’activité avec les applications (Lunasolcal ou Moon tracker) ou il est possible d’approfondir plus longuement le comportement des chevreuils selon les dates afin de mieux les trouver sur le terrain? Je crois que vous vous doutez fortement de la suite!
Trouver les chevreuils selon la date
Ce qui est intéressant avec la chasse à l’île, c’est que la longue saison nous procure toute sorte de combinaisons possibles que ce soient avec les phases de la lune, la météo ou la période à l’automne. Les différentes combinaisons amènent des périodes de facilité et d’autres de complexité, le but de cet article sera de vous faire prendre conscience d’un fait qui joue beaucoup sur cette différence qui amène un degré de difficulté différent d’un groupe à l’autre.
La majeure partie de la saison (fin août jusqu’au début novembre) est consacrée à la recherche de chevreuils dans les sites nourriciers. Il s’agit de trouver ce qui sera une zone d’alimentation avec des plantes intéressantes selon le temps de l’année et de se trouver de manière passive ou active à un endroit pouvant offrir des observations pendant les périodes où les chevreuils sont actifs.
On pourrait s’en tenir à ces simples formalités mais lorsqu’on observe certains facteurs, il devient impératif de prendre compte que certains détails agiront sur le comportement des chevreuils et affecteront leurs déplacements majoritairement sous le couvert forestier et moins en milieu ouvert.
Lorsqu’on débute la saison, les cerfs revêtent encore leur pelage estival qui se composent d’une robe de poils courts et roux. Indéniablement, le changement de pelage vers celui hivernal composé de poils grisonnants s’effectue vers la fin de la première semaine ou pendant la deuxième semaine de septembre. Cette transformation s’effectue en lien avec la photopériode et se réalise vers les mêmes dates année après année. La particularité de ce poil hivernal est d’être creux et isolant, ce qui est particulièrement important sous nos latitudes pour survivre aux conditions hivernales. Avant d’arriver à ces conditions extrêmes, le chevreuil devra affronter un défi journalier de maintenir sa température interne à un niveau acceptable et c’est en lien avec cette gestion que le chasseur devra être alerte et s’adapter aux meilleures zones pour obtenir le succès.
Ce que les études nous apprennent
Là où les études scientifiques entrent en jeu, c’est que certaines ont pu confirmer que le pelage estival permet d’évacuer trois fois plus la chaleur que le pelage hivernal. Malgré le fait que le pelage hivernal est progressif et pousse pendant plusieurs semaines, on peut présager que la perte de chaleur s’effectue plus difficilement une fois la mue effectuée. Il devient évident que les milieux forestiers à l’ombre et plus frais auront beaucoup plus la cote que les zones ouvertes lors de journées particulièrement chaudes en fin septembre et octobre, et ce surtout pendant les périodes médianes de la journée.
Si vous avez la même déduction que moi, les jours de pleine lune sont les principales journées touchées alors qu’il y aura des périodes d’activités majeures en plein milieu de la journée. Toutefois, vous pourrez toujours exploiter les zones ouvertes en début et fin de journée lorsque la température sera plus clémente et fraiche ce qui n’affectera pas les chevreuils. La pleine lune aura donc un effet différent selon le moment où ce phénomène survient dans le mois. L’impact sera peu important en début du mois de septembre avec le pelage estival mais beaucoup plus important passé la mi-septembre lorsque le pelage hivernal sera revêtu.
(Le même secteur est illustré sur la carte et la photo aérienne suivante)
La proximité du secteur de forêt mature du milieu ouvert favorise les rencontres lors des journées qui exigent de l’ombre. La proximité du chemin principal et la situation nord-ouest du bois mature favorisent les premiers groupes de la saison, mais moins intéressant pour les groupes de mi-saison dû aux prélèvements successifs
Un autre aspect qui est à retenir de la science, est la règle de Bergmann, plus le ratio masse corporelle versus la superficie corporelle est grand, moins il perd de la chaleur. Ceci représente un véritable avantage pour résister aux températures hostiles de l’hiver québécois mais on ne doit pas oublier les mois précédents où les chevreuils doivent toujours «gérer» leur thermorégulation en dépit de la météo qui peut être relativement chaude même en septembre ou octobre. Lorsqu’on applique cette règle localement, on peut en déduire que plus le chevreuil est petit, plus il sera en mesure de tolérer la chaleur et de s’alimenter en milieu ouvert pendant l’automne lors des journées au-dessus des normales saisonnières. Cette particularité biologique pourrait expliquer la difficulté de rencontrer des mâles matures à cette période de l’année en ces milieux ouverts et d’observer beaucoup plus facilement des individus de petites tailles comme les veaux et jeunes femelles.
Toutes ces belles notions semblent être peu à l’avantage du chasseur lorsqu’on constate que la majeure partie du temps, ces derniers optent pour la chasse fine à Anticosti et recherchent la visibilité des aires ouvertes. Toutefois, un aspect qui a été prouvé par les recherches effectuées à l’île, c’est que les chevreuils ont un métabolisme plus élevé que leurs voisins ailleurs au Québec. Cette particularité s’est développée dû à leurs tailles réduites pour faire face à la rareté de la nourriture de qualité à l’île. L’avantage que les chasseurs peuvent en retirer est que ces derniers doivent donc s’alimenter plus souvent qu’ailleurs au Québec.
Est-ce sur cet aspect qu’il est plus facile de prédire les périodes d’activité des chevreuils à l’île en lien avec la position de la lune? On ne pourra fort probablement jamais le prouver mais les témoignages de nombreux chasseurs et guides sur le terrain continuent de faire en sorte que je vais garder toujours un œil sur les prévisions et ajuster mon guidage pour être dans les meilleures zones d’alimentation à ces périodes d’activités pour favoriser les rencontres.
À la suite de ces informations amenées par la science, quelles seront les stratégies à adopter pour prendre avantage de ces comportements concernant le contrôle de la température interne des chevreuils?
(Le même secteur est illustré sur la carte et la photo aérienne suivante)
On peut y voir aussi sur cette photo aérienne que la zone de bois mature est plus à distance de la zone ouverte. Cette particularité favorise moins les rencontres mais amène des chances aux groupes de mi-saison d’y trouver encore des mâles intéressants à leurs dates. Reste à attendre les conditions climatiques pouvant laisser le chasseur y entrer.
Stratégies de chasse
On doit considérer de changer nos pratiques (étant souvent de chasser en milieux ouverts à partir de la fin septembre) et de prendre conscience que les chances seront meilleures de rencontrer les mâles recherchés dans les secteurs forestiers matures à l’abri du soleil. Plus les arbres seront hauts et plus le sous-étage sera frais, plus les chevreuils pourront s’alimenter en mi-journée en étant confortables. Les ouvertures et percées de lumière permettront la croissance de plantes intéressantes ce qui attirera les chevreuils pendant les périodes d’activités. En quoi consiste votre préparation si votre séjour se déroule dans cette portion de l’automne? Avec un peu de travail sur le site internet Forêt Ouverte, il sera possible de repérer ces secteurs forestiers intéressants. Pour ceux qui désirent sauter cette étape, les cartes X-pert pourront déjà vous indiquer clairement ces zones recherchées.
Cette photo aérienne illustre l’endroit où le buck en ouverture d’article a été récolté par la jeune chasseuse. Il s’agissait d’une journée plus fraîche devancée par plusieurs journées chaudes. Remarquez la zone de bois matures (en jaune) près de la récolte. Le guide Samuel avait ciblé cette zone à l’écart des sentiers fréquentés pour ce séjour à la mi-octobre.
Si on prend en exemple un groupe chassant le secteur ouest de l’île le 27 septembre 2026, il y a une bonne période primaire d’activité qui sera présente entre 12h01 et 13h31. Dans le cas d’une journée plutôt fraiche à 5 degrés, sombre et venteuse, le chasseur pourra utiliser certains secteurs ouverts dans les endroits plus reculés de son secteur car les chevreuils pourront être relativement confortables dans ces circonstances. En revanche, dans l’éventualité que cette journée serait ensoleillée et chaude autour de 20 degrés, il sera plus judicieux de parcourir les zones boisées d’arbres matures comportant des ouvertures de lumière et de travailler le secteur à vitesse réduite dans un sentier ou en bordure d’un cours d’eau. Si votre territoire offre peu de sentiers sous ce type de couvert forestier, les zones ouvertes qui sont juxtaposées à des secteurs boisés matures seront le compromis afin de vous donner les meilleures chances. À cette période de l’année, la zone chassée sera plus importante que la distance parcourue. Plus longtemps vous serez dans une zone d’alimentation, plus vous aurez la chance de croiser des chevreuils actifs et visibles. Le rythme pendant cette séance de chasse pourrait être de 3-4 pas et arrêt pendant 3-4 minutes pour l’observation et ainsi de suite.
Ce magnifique mâle avec une couronne de 23 pouces de large a été surpris le 9 octobre à 6h45 dans une zone d’alimentation à proximité d’un secteur de bois mature. Le chasseur Mr. Eric Collin est un habitué d’Anticosti et a dû patienter plusieurs jours avant de pouvoir effectuer le tir. Autre fait intéressant, il a été récolté en pleine période d’activité dans une zone semi-ouverte pendant une période de fraîcheur. Lors de ce séjour, les journées étaient particulièrement chaudes en milieu de journée.
Le mot de la fin
Le but de cet article n’est pas de travailler une nouvelle facette des bonnes périodes d’activités, mais bien de prendre conscience que dans certains cas, le lieu exercera une grande influence sur le nombre d’observations. Dans certaines circonstances, on doit comprendre le mécanisme de thermorégulation des chevreuils afin de mieux cibler les zones à haut potentiel. Il est alors avantageux de mettre de côté notre désir de couvrir du terrain et d’avoir beaucoup de visibilité et d’opter plutôt pour un habitat qui offre le confort nécessaire aux chevreuils et particulièrement pour les gros mâles qui seront les plus affectés.
Donc quand le soleil t’affectera, côté sombre tu iras et chevreuil tu trouveras!