SÉRIE DE CHRONIQUES
sur les techniques de pêche

PÊCHE À
LA MOUCHE

Par Mario Viboux

Chers amis lecteurs, je suis honoré de me joindre à l’équipe de 100% CHASSE PÊCHE et, pour ma toute première parution, je vous ai concocté cette synthèse d’une série de chroniques sur les techniques de pêche à la mouche que j’ai débutée dans une autre revue, mais que je vais poursuivre ici. Afin d’être sur la même longueur d’onde, je vous invite à lire ces premières chroniques d’ici la prochaine édition dans laquelle je publierai la suivante, et ainsi de suite. De même, je vous invite à lire l’hommage que je fais à ma photographe et partenaire de toujours, Madame Selma Aïssiou, qui s’est vu décerner la prestigieuse Mention d’honneur Paul Plante et qui devient d’office, collaboratrice au sein de l’équipe 100% CP avec moi.

Chronique #1

Introduction aux techniques de PALM

Chers amis lecteurs, dans cette série de chroniques, je vous propose de faire le tour de toutes les techniques qui existent pour capturer un poisson avec une mouche artificielle. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y en a autant qu’il y a d’étoiles dans le firmament, mais il y en a vraiment beaucoup et plus vous allez en maitriser, plus vous allez récolter.

Maintenant, qui dit technique dit savoir-faire, méthode, procédé et créativité.  Pour Descartes, le père du fameux «je pense donc je suis», la technique est «l’ensemble des outils et méthodes permettant d’étendre les capacités physiques et intellectuelles de l’humain, lui permettant de modifier son environnement pour répondre à ses besoins et désirs» et qu’est-ce qu’un pêcheur à la mouche désire le plus au monde? Capturer des truites de rêve à la mouche sèche bien sûr! Ou encore des bonefish «two digits» à vue, des dorés trophées de la Baie de Quinte et pourquoi pas, des rédibermarins (grands saumons) qui bondissent à plus de trois mètres! Bref, capturer les plus beaux poissons…

Qui dit technique dit aussi outils, dispositifs, instruments et matériel. Par exemple, nos chances de capturer une truite de rêve à la mouche sèche sont bien meilleures avec un bas de ligne de 12 pieds, qu’avec un de 8 pieds. Ou encore, de capturer un bonefish à vue avec un ensemble #8, qu’avec un #5.  Ou bien, de capturer un doré de la baie de Quinte avec une soie plongeante d’une densité 7ips à laquelle on ajoute 3 mètres de T-14, plutôt qu’avec une soie intermédiaire. Enfin, de capturer ce fameux rédibermarin trépignant avec un avançon 1X, plutôt qu’avec un 6X.  Bref, «on n’arrive à rien avec de mauvais outils» (proverbe créole). 

Qui dit technique dit également erreur, gaffe, bévue et maladresse. Par exemple, un ferrage précoce à la mouche sèche, des lancers trop près ou trop loin de poissons en chasse, ne pas laisser filer quelques centimètres de ligne lorsqu’un saumon saisit une mouche noyée ou encore, hérésie suprême, ferrer avec la canne en eau salée!

À travers cette série de chroniques, nous allons donc voir toutes les techniques qui devraient se retrouver dans votre boite à outils, mais aussi l’équipement de mise pour chacune d’elles ainsi que les erreurs à éviter. En prime, je vais vous donner quelques trucs et astuces pour être encore plus performant! Enfin, nous verrons où et quand ces techniques sont les plus appropriées. Je termine par ces sages paroles d’Albert Einstein: «La folie c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent». En clair, comme le dit si bien ma maman: «vaut mieux avoir plus d’une corde à son arc».      

Chronique #2

Le trois quarts aval

À tout seigneur, tout honneur, commençons cette série de chroniques sur les techniques de pêche à la mouche par la plus simple et populaire de toutes, soit le «trois quarts aval», ou plus prosaïquement, la pêche sur le «swing». Cette technique remonte à la nuit des temps et combine tous les fondamentaux de la pêche à la mouche en rivière. En fait, c’est l’enfance de l’art, le béaba de notre sport de prédilection et voyons de quoi il en retourne…

D’abord, le ¾ aval est consubstantiel au courant. Cette technique se pratique donc en rivière, en ruisseau, en torrents ou en mer (canaux, marais salins, estuaires…). Sur le plan technique, il s’agit simplement de lancer sa mouche vers l’aval, dans un angle de 45 degrés, et de laisser le courant opérer. Le principe est simple: aussitôt que la mouche touche l’eau, l’ensemble soie/bas-de-ligne/mouche est mis sous tension par le flot, avant de faire «patiner» la mouche dans un arc de cercle (swing) qui va «balayer» le plan d’eau sur toute sa largeur.  Pendant ce temps, le pêcheur bloque simplement la soie sur le manche du fouet, tout en accompagnant la dérive avec la canne basse (le scion doit presque toucher l’eau) dans un axe parfaitement rectiligne entre la canne, la soie, le bas-de-ligne et la mouche. Enfin, quand cette dernière s’immobilise en fin de dérive, le pêcheur l’anime de quelques tirettes, avant de faire un ou deux pas vers l’aval et relancer de nouveau. Ainsi, tous les poissons qui se trouvent dans le plan d’eau voient l’offrande passer, ce qui fait du ¾ aval l’une des meilleures techniques de prospection. J’ai vu des poissons saisir la mouche aussitôt qu’elle touche l’eau, d’autres sur le swing, d’autres lorsque la mouche s’immobilise complètement et enfin, lors de la série de tirettes ultimes.

L’auteur observe bien le mouvement de sa soie qui fait «patiner» la mouche dans un arc de cercle (swing) qui va «balayer» le plan d’eau sur toute sa largeur.

La pêche sur le swing se pratique généralement avec un «train» de deux à trois mouches noyées (voir la règlementation), ce qui permet de présenter des artificielles de densités, couleurs et grosseurs différentes. Cependant, les emmêlements ne sont jamais très loin avec un train de trois mouches, c’est pourquoi je préfère pêcher avec une seule mouche noyée, voire deux tout au plus. Cela dit, cette technique se prête aussi bien au streamer qu’à certaines mouches sèches, dont la fameuse Trottinette (plécoptère) et certaines imitations de trichoptères telles que la Rio’s Foam Run Caddis, qui patine avec tout l’éclat d’une Katarina Witt.

La pêche sur le swing est d’une simplicité déconcertante. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir certains halieutes expérimentés pêcher de cette manière avec une main carrément dans la poche! Cela dit, de nombreux micros-ajustements peuvent compléter ce tableau. De petits réglages qui peuvent faire toute la différence entre le carton et la bredouille. Dans mes prochaines chroniques, nous verrons cela en détail, à commencer par les amendements, les différents lancers, les différentes techniques d’animation, les angles de présentation, le ferrage et bien sûr, l’équipement idéal. Comme le disait si bien Leonard de Vinci: «La simplicité est la sophistication suprême.».         

Chronique #3

«Repositionnement aquatique»

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, voici le tour de passe-passe ultime pour connaître du succès non seulement avec le «trois quarts aval», mais avec pratiquement toutes les techniques de pêche à la mouche qui existent, et j’ai nommé «l’amendement». Cependant, je vais devoir débuter avec un peu de linguistique. En effet, le terme «amendement» est une traduction littérale du mot anglais «mending» et n’a rien à voir avec notre sujet. C’est un peu comme parler d’une éclosion d’insecte aquatique, alors qu’il s’agit d’une émergence, un autre lapsus courant dans la confrérie. En fait, quand l’œuf éclot, la nymphe (ou larve) reste bien au fond de l’eau et dans la langue de Molière, lorsqu’on parle d’un amendement, on fait référence à la politique ou à la loi. Bien que je ne travaille pas pour l’Office québécois de la langue française, je préfère le terme «repositionnement» et vous allez comprendre pourquoi…

Voyons de quoi il en retourne.  Le «mending» consiste à «repositionner» la soie qui se courbe à la surface de l’eau sous l’impulsion des courants et contre-courants. Le but étant de garder le contact avec sa mouche afin de percevoir les touches, mais aussi de la diriger et contrôler sa vitesse. En effet, le courant d’une rivière est hétérogène. Par exemple, il est toujours plus faible près du rivage et en profondeur. De plus, il est souvent brisé par des structures (rochers, hauts-fonds, arbres…) et affecté par le vent. Bref, pour garder la main, il faut sans cesse «repositionner» sa soie durant la dérive. Par exemple, pour faire passer sa mouche pile-poil derrière un gros rocher à la bonne vitesse…

Sur le plan technique, la manœuvre est simple. D’abord, on pointe la soie avec la canne basse, le scion touchant presque à l’eau, puis d’un mouvement sec et vif du bras et du poignet, on soulève hors de l’eau l’intégralité (ou une partie) de la soie afin de la projeter, dans un arc de cercle, en amont ou en aval du bas de ligne. Voilà! Petit bonus, ce «repositionnement» constant agite votre offrande telle une proie luttant contre le courant, ce qui a le don de stimuler l’instinct de prédation des poissons.

Le repositionnement aquatique est relativement  simple et consiste d’abord à pointer la soie avec la canne basse, puis d’un mouvement sec et vif du bras et du poignet soulever hors de l’eau l’intégralité (ou une partie) de la soie afin de la projeter, dans un arc de cercle, en amont ou en aval du bas de ligne.

Pour terminer, voici quelques fondamentaux. Lorsque la rivière est aux écarts et que le débit est monstrueux, lancer dans un angle de 45 degrés «bord en bord» de la rivière est une pure perte de temps et d’énergie. Le balayage serait beaucoup trop rapide et de toute façon, les poissons sont tapis au bord, bien à l’abri de la crue. Dans ces conditions, on évite de rentrer dans l’eau et on lance juste à la limite du courant rapide, dans un angle de 30 à 35 degrés, puis on «repositionne» sa soie vers l’amont afin de ralentir la vitesse de la dérive. D’un autre côté, si la rivière est en étiage et que le débit est faible, on va plutôt lancer dans un angle de 60 à 65 degrés (voire 90!), le plus près possible du rivage opposé, puis on va «repositionner» sa soie vers l’aval afin d’accélérer la vitesse de dérive. Petite valeur ajoutée avec le «repositionnement» aval, non seulement la mouche gagne de la vitesse, mais elle se présente de côté, perpendiculaire au courant, ce qui a le don de provoquer l’ire de Dame truite. Dans ma prochaine chronique, nous verrons qu’il est possible d’exécuter des «repositionnements» aériens et que cela n’est pas sorcier…      

Chronique #4

Parlons soie

Je terminais ma dernière chronique en vous disant qu’il est parfaitement possible de repositionner sa soie («mending») dans les airs et nous allons y venir, mais d’abord, parlons soie. En effet, cette pièce d’équipement de premier plan peut faire toute la différence entre des repositionnements aisés et laborieux. Voyons pourquoi. 

D’abord, la soie est une masse qui permet de charger la canne et lancer des mouches légères comme l’air. Pour schématiser, on pourrait presque dire que c’est elle que vous lancez. Maintenant, le calibre d’une soie est déterminé par le poids en grains (1 grain = 6,5 grammes) de ses 30 premiers pieds, pointe exclue (6 à 12 pouces). Par exemple, les trente premiers pieds d’une soie #5 devraient peser autour de 140 grains, selon les standards de l’AFTMA. Cependant, comme nous le savons tous, la vie n’est pas un long fleuve tranquille et même cette donnée supposément universelle est toute relative.

De nos jours, pratiquement toutes les soies ont des fuseaux décentrés vers l’avant («weight forward» ou WF) et les variations sur ce thème sont légion. En fait, il y a autant de profils de soies sur le marché que d’espèces de poissons. Par exemple, une soie WF #5 Rio Elite Gold pèse 146 grains sur ses 30 premiers pieds, mais est pourvue d’une tête (là où le poids est concentré) de 47 pieds pesant 208 grains. De même, la soie #5 Rio Gold Max, une soie dite «agressive», pèse 160 grains sur ses trente premiers pieds, mais est pourvue d’une tête de 37 pieds pesant 205 grains! Enfin, ces têtes sont reliées à une ligne de raccordement («running line») généralement aussi ténue que la pointe, afin de favoriser la glisse dans les anneaux.

Vous commencez à comprendre? Bien sûr que oui! Si vous avez à l’eau 70 pieds d’une soie #5 Rio Gold Max et que vous voulez repositionner votre soie en amont ou en aval du bas de ligne, bonjour les dégâts! En effet, le transfert de l’énergie cinétique entre la mince ligne de raccordement et la tête dodue (pour ne pas dire obèse) de la soie sera pratiquement impossible, ou du moins extrêmement laborieux. Il est donc avantageux de choisir une soie avec une tête et un fuseau longiligne, surtout pour pêcher en rivière, puisque le repositionnement en lac est rarissime. En fait, la soie idéale pour le repositionnement serait une DT («double taper») puisqu’elle est effilée (queue de rat) de façon parfaitement égale de son milieu à ses deux extrémités. Morale de cette histoire: si vous avez du mal à repositionner votre soie correctement, jetez un œil à son profil…

Pour faciliter le repositionnement (surtout en rivière) il est donc avantageux de choisir une soie avec une tête et un fuseau longiligne.

Je termine avec l’autre pièce d’équipement qui peut faire toute la différence entre des repositionnements aisés ou laborieux, soit la canne, ou plutôt sa longueur.  En effet, plus le levier est long et plus il est facile de soulever beaucoup de soie hors de l’eau, d’où l’incroyable avantage de pêcher avec une canne Spey ou Switch. Cela dit, j’arrive très bien à contrôler mes repositionnements avec mes cannes de 9 pieds, même si je dois avouer que le travail est plus ardu. Dans la prochaine chronique, nous verrons (enfin!) comment repositionner sa soie dans les airs, une technique très efficace qui peut vous épargner beaucoup de travail, surtout si vous aimez les soies plus «agressives».

Chronique #5

Repositionnement aérien

Ça y est! Je vais enfin vous parler du repositionnement aérien, une technique que tout pêcheur à la mouche qui se respecte doit avoir dans sa boite à outils.  En fait, qu’il soit aérien ou de surface, le repositionnement de la soie est la clé de voûte de la pêche à la mouche. Cette technique permet de garder un contrôle total lors de la présentation de l’offrande. Qu’il s’agisse de la vitesse, de l’angle, de la profondeur, de la direction ou encore du mouvement, tout est question de repositionnement. Et je n’ai pas parlé de la pêche 3/4 amont avec une mouche sèche ou une nymphe, alors que le repositionnement permet de présenter sa mouche sans sillage ni traînée, en symbiose parfaite avec le courant.  

En vérité, chers amis lecteurs, si vous ne maîtrisez pas cette technique, vous aurez beau lancer comme un dieu, avoir suffisamment de pèze pour pêcher les endroits les plus poissonneux de la planète, disposer du meilleur matériel sur le marché, pêcher avec des mouches sèches montées par Claudel Déry lui-même ou des streamers de collection montés par feu Jean-Guy Côté, vous allez faire chou blanc, c’est écrit dans le ciel!

Maintenant, revenons sur la mécanique du repositionnement en surface.  J’aimerais vous donner quelques trucs et ajouter quelques précisions importantes à ma chronique #3. Dans un premier temps, exécutez votre premier repositionnement dès que la soie tombe à l’eau. En fait, c’est à ce moment que tout se joue!  Ensuite, lever le bout de la canne assez haute lors des repositionnements suivants pour éviter que trop de soie reste sous l’emprise du courant. Ainsi, les repositionnements deviennent pratiquement des lancers rouler et se pratiquent comme tel, d’un simple coup de poignet. Enfin, repositionnez toujours votre soie avec autorité. Au début, vous allez mettre trop de force, mais le dosage parfait viendra avec le temps. 

Maintenant, parlons du repositionnement aérien. Cette technique simple comme bonjour, dans la limite où vous maîtrisez le lancer, procure plusieurs avantages.  D’abord, la suppression totale et complète des perturbations et turbulences induites par un repositionnement de surface. Ensuite, le moyen d’exécuter un repositionnement efficace même avec une soie «agressive». Enfin, elle permet de garder l’offrande dans le champ d’action des poissons beaucoup plus longtemps et souvent, une petite seconde peut faire toute la différence! Voici un cas de figure typique. Vous remontez un secteur d’eau vive («pocket water») en pêchant 3/4 amont avec des nymphes quand soudain, vous apercevez une méga truite qui chasse de l’autre côté de la rivière. Elle traque des menés avec fracas dans une anse pas plus grosse qu’une baignoire. C’est trop beau! Mais il y a un os… Entre cette truite de rêve et vous, il y a un courant hyper rapide et tonitruant!  Si vous effectuez un lancer normal, votre ligne et votre streamer seront emportés aussitôt et votre offrande restera dans la zone payante à peine un millième de seconde, même si vous repositionnez votre soie en surface aussi vite que Lucky Luke! Que faire? C’est le temps de sortir un lapin de votre chapeau! C’est le temps d’exécuter un repositionnement aérien parfait et nous verrons comment dans la chronique 100% Pêche à la mouche du mois d’avril…

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