PÊCHE
À LA MORUE
Par Alain Cossette
Dans le fjord du Saguenay
Relisez bien le titre et si jamais vous avez la chance d’aller pêcher la morue dans le fjord je suis le premier à vous dire de ne pas manquer une telle opportunité qui peut s’offrir à vous! Je l’ai fait à maintes reprises et sachez que je suis toujours disponible à le refaire et ce annuellement; autant sur la glace qu’en embarcation. J’accepte toutes les invitations qui peuvent m’être offertes. Quant à moi je considère la morue de l’Atlantique (Gadus morhua), aussi appelée morue franche, comme l’un des meilleurs poissons à manger; voire le meilleur.
Ma première expérience hivernale
Vers le milieu des années 80, alors que je travaillais pour une entreprise qui œuvrait dans la gestion des BPC et que j’effectuais un contrat pour une compagnie de la région de Chicoutimi, je me suis dit que je devais absolument profiter de l’occasion pour pêcher mes premières morues de l’Atlantique. Généralement les individus de cette espèce pèsent entre 1 et 3 kg. J’ai d’ailleurs trouvé un guide qui nous prenait en motoneige à Saint-Fulgence afin de nous transporter vers une cabane localisée au large de cette localité. Notre pêche en était une de soirée et sachez que jamais je n’ai regretté ce choix. Cela m’a même donné le goût de pêcher le sébaste la dernière journée; soit celle où je devais revenir à Montréal et je dois avouer avoir bien fait…Que de beaux souvenirs!
L’auteur avec ses premières morues franches capturées à la pêche blanche dans le Saguenay dans les années 80.
Nous avons eu la chance de capturer quelques individus dont mes 2 plus grosses capturées à ce jour. Cette pêche m’a tellement passionné que j’en ai fait la promotion dans mon entourage; sans compter que depuis ce temps je suis devenu un client régulier annuellement de ce merveilleux coin de pays. Le Fjord est majestueux et ses paysages sont tout à fait sublimes. Plus tard, je n’ai pu m’empêcher d’initier mes filles à cette pêche et surtout à leur faire connaître ces paysages uniques.
Ma première expérience estivale
J’avais tellement aimé et apprécié mon expérience à la pêche à la morue franche que j’ai décidé l’été suivant de tenter une nouvelle expérience et cela en eau libre. Cette fois-là je devais rejoindre mon guide à Ste-Rose-du-Nord. Une autre expérience à laquelle mon cerveau a enregistré de nouveaux souvenirs mémorables de par la qualité de la pêche et des paysages que j’ai eu le loisir d’observer. Sans compter que c’est lors de cette sortie que j’ai été en contact pour la première fois avec la morue du Groenland soit la morue ogac (Gadus Ogac) que les locaux appelaient aussi la morue noire. La différence principale entre ces 2 espèces est la ligne latérale de la morue franche qui est évidente et blanche à apercevoir alors que pour la morue ogac la ligne latérale est de la même couleur que les flancs.
Première morue ogac (à gauche) de l’auteur lors d’une pêche en eau libre dans le Saguenay.
Je ne peux passer sous silence que j’ai même capturé une morue ogac à la mouche alors que je pêchais l’omble chevalier en mer, dans le nord du Québec, avec une soie calante de 850 grains. De plus je dois avouer que le fjord est rempli de surprises et encore plus en période estivale; de par sa diversité d’oiseaux que l’on peut apercevoir ainsi que des phoques, des cétacés, …
Baleine (Petit rorqual) croquée sur le vif par l’auteur lors d’une pêche en eau vive dans le Saguenay.
La morue du Groendland
Il semblerait que le nom de ogac qu’on lui attribue proviendrait de sa présence dans le lac salé Ogac qui est localisé sur l’Île de Baffin au Nunavut. Cette espèce qui vit principalement sur les hauts-fonds, dans les anses et près des côtes peut vivre jusqu’à l’âge de 12 ans et atteindre les 77 cm. Son importance commerciale est peu considérée. Elle se tient principalement à une profondeur allant de 50 pieds à 150 pieds alors que la morue franche se retrouve fréquemment à des profondeurs de plus de 300 pieds.
La morue du Groendland (ogac) est reconnaissable à son absence de ligne latérale visible sur ses flancs.
La morue de l’Atlantique
Cette espèce a joué un rôle important dès le début de la colonisation de l’Amérique du Nord. C’est un poisson marin de moyenne et de grande taille; les individus qui vivent près des côtes sont globalement plus petits. Elle peut vivre jusqu’à 25 ans et il y aurait eu un spécimen de 27 ans qui aurait été capturé dans les années 60 au Labrador. Quant à la morue la plus grosse, qui a été documentée, elle pesait environ 100 kg et mesurait plus de 180 cm.
Dans ma jeunesse, les gens qui se rendaient en Gaspésie avaient le loisir de pêcher cette dernière à partir des quais qui longent la côte; je ne peux passer sous silence qu’aujourd’hui il en est tout autrement…Oups, on dirait que je deviens nostalgique.
Morues de l’Atlantique capturées à la pêche blanche par l’auteur. Remarquez la ligne latérale blanche très visible sur ses flancs. Un trait caractéristique de cette espèce.
Histoire de pêche
La morue de l’Atlantique est pêchée depuis des milliers d’années en Amérique du Nord par de nombreux peuples autochtones. Au Xe siècle après J-C les Vikings norvégiens ont été parmi les premiers européens à en faire le commerce. Sa première exportation s’est faite vers l’Angleterre en 875 après J-C. Les pêcheurs européens traversaient l’Atlantique pour pêcher durant la période estivale avant de retourner en Europe l’automne.
Dans les années 1800 plusieurs entreprises en pêcherie se sont installées le long de la côte est du Canada et il se récoltait entre 150 000 et 400 000 tonnes de morue annuellement. La pêche était importante à cette époque et il faut savoir aussi que l’église catholique interdisait la consommation de viande lors des fêtes religieuses alors qu’elle permettait de manger du poisson lors de ces dernières.
Plus tard les captures dans l’océan Atlantique Nord-Ouest ont augmenté avec les avancées technologiques qui sont survenues et dans les années 1950 il se récoltait environ 900 000 tonnes annuellement. Ce tonnage est passé à 1 800 000 de tonnes à la fin des années 1960; ce qui a coïncidé avec l’arrivée des immenses bateaux-usines où il se faisait de la surgélation instantannée. Pendant ce temps-là, dans ma jeunesse, j’apprenais à l’école primaire que cette ressource était inépuisable…Ouf!
Arriva ce qui devait arriver
Il faut savoir qu’il existe plusieurs stocks de morue, plus spécifiquement 10, et ces populations sont définies en regard de leur localisation. Les stocks au large se sont effondrés dans les années 1970. La population a été réduite à moins de 10% de la biomasse originale et cela en raison de cette surpêche. Je me souviens, encore, que le gouvernement voulait peu intervenir car cette activité économique était importante pour les communautés de pêcheurs commerciaux.
Des mesures ont été mises en place et à partir de 1977 le Canada a imposé un arrêt de la pêche de 5 ans sur les stocks au large et en 1985 les stocks côtiers semblaient aussi en déclin. Le ministre fédéral des Pêches et Océans Canada (MPO), John Crosbie, a déclaré un arrêt de la pêche des stocks de morue du Nord-Est en 1992. En fouillant j’ai trouvé un écrit et j’en fus surpris puisque dans ce dernier on mentionne que la population de Terre-Neuve-et-Labrador avait chuté à 1 % de sa biomasse originale en âge de se reproduire. Le pire c’est que le gouvernement, le 26 août dernier, vient d’autoriser le retour à une pêche commerciale. Encore une fois, et cela malheureusement, c’est l’économie qui prime pour certaines personnes; on est très très loin des populations du passé.
D’autres stocks ont été ajoutés au moratoire dans les années 1990 et au début des années 2000.
Et que dire de son goût
En pensant aujourd’hui à ce que je m’apprête à vous raconter, je ne peux m’empêcher de rire. Je m’explique, j’adore le poisson mais lorsque j’étais jeune il y avait une entreprise qui vendait de la morue dans des petites boîtes congelées rectangulaires et j’avoue ne pas avoir tellement aimé le contenu; ainsi je donnais mes morues à mon entourage. Ces derniers appréciaient ce geste. Ce n’est que plus tard que j’ai goûté mes premières morues fraîches. Et oui! J’en avais récolté quelques-unes lors d’un séjour au Nouveau-Brunswick après ne pas avoir pu m’empêcher de m’offrir un 4 heures sur un bateau de pêche en mer. À mon retour, je me suis dit que je devais en faire cuire pour un repas familial puisque mes prises étaient fraîches. Et savez-vous quoi…je n’ai plus jamais donné mes morues récoltées car en ce qui me concerne c’est l’un des meilleurs poissons à déguster.
Plusieurs pêcheurs me disaient que la morue ogac n’est pas une espèce qu’il vaut la peine de garder pour la manger…Détrompez-vous car elle est délicieuse elle aussi!
La morue représente maintenant une des espèces préférées de l’auteur côté culinaire et lorsqu’il en capture une il la conserve précieusement pour s’offrir un bon repas.
L’avenir de la morue de l’atlantique
Je ne peux rien prédire mais encore une fois les changements climatiques ne pourront faire autrement que d’avoir une incidence négative sur l’avenir de cette espèce et que dire de la pollution; sans compter qu’il existe aussi une croissance des populations de ses prédateurs. Je me souviens encore des paroles du docteur Roger Bider, lors d’un cours de biologie à l’université McGill au début des années 1980, qui nous mentionnait que les populations de phoques étaient des populations parmi les plus stables, dans le monde animal, en raison de la récolte commerciale de ces derniers. Naturellement l’intervention de la célèbre madame Brigitte Bardot a provoqué l’augmentation des phoques; rien pour aider nos morues et d’autres espèces.
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La surpopulation de phoques contribue à réduire les populations de morue Atlantique de manière importante (A). Un phoque gris mangeant une morue (B).
B : Crédit : CIEU-FM 94,9
En conclusion
La population du Fjord du Saguenay est faible mais stable et j’avoue être heureux de pouvoir encore récolter ces 2 espèces de morue. Par contre il semblerait que la population de la morue franche serait en augmentation depuis 2013.
De plus, vous êtes chanceux qu’il y ait quelques guides qui offrent leurs services pour une pêche en eau libre alors que durant de très nombreuses années ce type de services n’était pas offert; je trouvais cela vraiment désolant pour cette si belle région. Il est important de savoir que dès que le vent vient de l’est je ne conseille pas de vous y aventurer car c’est dangereux au niveau de la sécurité nautique.
Quelques guides offrent la pêche de la morue en embarcation dans le fjord.
Quant à la période hivernale, de nombreuses entreprises offrent des cabanes chauffées et si vous désirez vous y rendre par vos propres moyens, comme je l’ai souvent fait, sachez qu’il faut tenir compte de l’épaisseur de la glace et qu’il y a une voie maritime qui est ouverte même en hiver. Pour vous attiser un peu; un spécimen de 50 lb a même été capturé à la pêche blanche en 2013.
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En période hivernale, les plus débrouillards peuvent pêcher sur le Saguenay par leur propre moyen (A et B), ou encore faire affaire avec une entreprise qui loue des cabanes chauffées (C).
BONNE PÊCHE!